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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 12:00

Alors qu’un milliard d’êtres humains ne mange pas à sa faim, un tiers de la production mondiale de nourriture fini dans… nos poubelles. Avec cette quantité d’aliments, on pourrait pourtant nourrir sept fois la population mondiale qui souffre de malnutrition. A lui seul, le gaspillage alimentaire des Etats-Unis pourrait la sortir deux fois de cette situation. Tristram Stuart, activiste et auteur de “Waste” – devenu la référence internationale en matière de gaspillage alimentaire -, nous emmène en Europe, en Equateur, en Inde, aux Etats-Unis et au Japon. Au cours de ce tour du monde de la honte, soulevant des questions autant éthiques qu’environnementales, il nous propose de découvrir des exemples affligeants de ce gâchis mondial, ainsi que des initiatives locales pour le réduire.

En France, premier pays agricole d’Europe, Angélique Delahaye nous accueille sur son exploitation maraîchère, en Indre-et-Loire. Elle doit jeter un quart de sa production de concombres malgré leur parfaite comestibilité. La raison : le rejet par les distributeurs de ceux qui ne répondent pas à une norme purement esthétique : bien droit, bien lisse, d’un calibre prédéfini. En 2009, les normes européennes sur les calibres avaient pourtant été supprimées. Mais les distributeurs préfèrent répondre aux exigences des consommateurs : des étals abondants, des fruits et légumes parfaits.

Un directeur nous ouvre les portes de son hypermarché. Et soulève le couvercle de ses poubelles. A l’intérieur, des produits parfaitement consommables : des bananes avec des petites taches, un pack entier de soda balancé pour une canette cabossée, des viennoiseries fabriquées la veille. Addition pour les 1 072 hypermarchés français : 2 292 095 tonnes, soit 850 millions d’euros par an. C’est six fois le budget des Restos du Coeur, qui servent 100 millions de repas à l’année…

Dans les foyers français, le gaspillage continue : 400 euros par an et par ménage sont mis à la poubelle, en raison de la mauvaise gestion des dates de péremption et du frigo. La gabegie se poursuit dans l’asssiette. In fine, à la maison, les Français mettent 100 kilos de nourriture par an et par personne à la poubelle.
Fraises au Maroc, haricots verts au Kenya, tomates en Espagne…

Le gâchis ne connaît pas de frontières. Cap sur l’Equateur, plus gros exportateur de bananes au monde. Carlos Torres, administrateur général du groupe Serrano, gros exploitant de 3 000 hectares, se voit refuser 15 % de sa production de bananes. « Il y a trop d’exigences… » En fait, dans ce pays où l’on gaspille dix fois moins que dans les pays occidentaux, on jette les bananes dont nous ne voulons pas : 400 tonnes par jour, soit 146 000 tonnes par an.
Direction l’Inde, quatrième puissance agricole mondiale. Alors que le pays devrait être autosuffisant, un Indien sur cinq a faim. Au marché de Chennai, véritable Rungis à l’échelle du sous-continent, ce sont 150 tonnes de nourriture qui pourrissent à même le sol, chaque jour, en raison des conditions de transport à moindre coût : toiles de jute remplies à ras bord entassées Aux Etats-Unis, le gaspillage alimentaire atteint son apogée avec 100 milliards d’euros par an. Certes, des initiatives fleurissent. L’association City Harvest emploie 100 personnes, qui sillonnent New York avec 16 camions pour récupérer les invendus de grandes enseignes afin de concocter 300 000 repas par semaine. Harvest of Hope réunit 30 000 bénévoles qui glanent les excédents dans les champs de 20 Etats. A Stone Barns, à une heure de New York, on pratique une agriculture raisonnée, où rien ne se perd. Retour en Europe. A Londres, on s’organise aussi pour réduire les 3 millions de tonnes de nourriture qui finissent en déchets chaque année. A la maison Hare Krishna, les bénévoles récupèrent 10 tonnes d’aliments par semaine, dans deux supermarchés, pour alimenter SDF et étudiants.

Mais c’est au Japon qu’on semble avoir sérieusement pris en main ce scandale mondial. Il faut dire que l’archipel, autosuffisant à 40%, importe tout le reste de ses aliments. Une loi votée il y a dix ans oblige les entreprises au recyclage alimentaire. Chez Odakyu, conglomérat de réseaux ferrés, grands magasins et restaurants, les déchets alimentaires permettent de nourrir des porcs bio revendus dans les enseignes du groupe. Aux Galeries Lafayette nippones, Seibu, les restes de la cantine finissent en compost. BioEnergy utilise les aliments avariés pour alimenter 2 400 foyers en électricité. Un documentaire engagé qui nous appelle à mettre un terme à cette gabegie alors qu’en 2050, nous serons 9 milliards sur Terre et autant de bouches à nourrir.

 

Voir le documentaire ici

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